Bisexualité féminine et libertinage

rencontre bi lesbienne« Les amours saphiques correspondent aux fantasmes des hommes hétérosexuels », affirme Catherine Deschamps. L’échangisme est un milieu où la bisexualité masculine est encore peu acceptée, et loin d’être pleinement assumée. Il est fréquent que de nombreux hommes bi cachent leur goût pour les deux sexes. À l’inverse, la bisexualité féminine est très valorisée dans ce milieu. Les petites annonces de couples échangistes regorgent de femmes bi, très bi, bi sélective, bi passive ou active, ou les deux…

La bisexualité féminine est un « must » du milieu échangiste. Les femmes bisexuelles jouent fréquemment le rôle d’intermédiaires. Ce sont elles qui déclenchent les rapprochements entre couples et excitent les hommes. C’est pourquoi la bisexualité féminine en clubs ou en soirées échangistes se doit d’être démonstrative. Les jeux d’exhibition entre femmes installent une ambiance et font souvent démarrer la soirée (ce qui ne manque pas de faire penser aux innombrables scènes lesbiennes présentes dans les films pornographiques. Surtout si ces films sont destinés aux hommes 100 % hétéros…).

Vous entendrez souvent des échangistes tenir des propos comme : « Toutes les femmes sont bisexuelles, c’est leur nature. Dans l’échangisme, elles peuvent exprimer librement leurs penchants. » Ces propos sont tenus aussi bien par les hommes qui par les femmes. Ils constituent la doxa échangiste. La plupart des libertines bi affirment avoir découvert leur bisexualité dans le cadre du libertinage. Guidées par d’autres couples, motivées par leur conjoint, beaucoup adoptent rapidement cette sexualité comme la possibilité de vivre quelque chose de différent. L’image de la bisexualité féminine excite les hommes. Il peut même arriver, parfois, que cette bisexualité soit trop bien vécue par les femmes ! Il est certain que cela ne plaît pas aux hommes.

D’autre part, si les femmes vivent très bien une expérience rencontre lesbienne, quel qu’en soit le contexte, elles n’ont pas besoin des hommes. Parfois elles les tolèrent, d’autant que ce sont eux qui ont amené la situation, mais en général la présence masculine est rarement nécessaire, ou souhaitée ! Le témoignage d’AnneLaure, libertine parisienne de 28 ans, est plutôt atypique, et casse les clichés de ce milieu. AnneLaure considère qu’elle aime indifféremment les hommes et les femmes. Après de nombreuses expériences sexuelles avec des copines pendant l’adolescence, elle est devenue, à 20 ans, une pure hétéro. « Je crois, ditelle, que j’ai renoncé à mon attirance pour les femmes par conformisme, parce que la pression sociale était trop forte. Pourtant, pour moi, cette attirance était naturelle. » Aujourd’hui, AnneLaure vit enfin une sexualité épanouie. Elle est mariée et fidèle, mais de temps en temps, elle s’offre une femme en club échangiste. Son mari, François, est bien entendu présent et complice, mais il n’intervient pas, se contentant de regarder. « C’est avec François que j’ai pu enfin m’épanouir, dit AnneLaure.

Tous les hommes avec qui j’ai vécu avant lui étaient d’une jalousie maladive. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, tous les hommes ne fantasment pas sur le fait de voir deux femmes faire l’amour. Ils sont souvent jaloux de notre complicité, et ils ont peur de ce qui leur échappe… Ce que je préfère faire avec une femme ? M’occuper d’elle, la faire jouir. Je me concentre sur son plaisir. C’est difficile de mener une femme à l’orgasme. Ce ne sont pas les hommes qui me contrediront ! »

Mais peuton affirmer d’une femme qui a régulièrement des expériences bisexuelles dans les clubs libertins est réellement bisexuelle ? Certainement pas. Il ne s’agit en fait que d’un comportement bisexuel. Selon le sexologue JeanRoger Dintrans, «ce n’est pas parce qu’une femme adopte un comportement bisexuel qu’elle a une bisexualité. Mais le milieu de l’échangisme est particulier. Il y a un niveau d’excitation, des effets de groupe et de miroirs qui font que certains comportements peuvent faire, dans ce contexte très particulier, l’objet d’une appétence forte. Ce qui ne serait pas le cas dans une situation plus banale. N’oublions pas non plus que les échangistes ne sont pas représentatifs de la majorité de la population ! »